
REGARDEZ-MOI
une exposition de photographies proposée par Philippe Artières
du 14 au 26 novembre 2025 de 13h à 19h tous les jours sauf lundi
Vernissage jeudi 13 novembre à partir de 18h
lVitrines les Arches Citoyennes 2 rue saint-martin 75004 Paris
Trouvés au fond des cartons des vendeurs de photographies vernaculaires, des dizaines de portraits collectifs ou individuels orphelins. On sait qu’ils pourraient être nos ancêtres mais à de rares exceptions, – « Paul, Lourdes, 1937 », « Tante Lice, Vernon 8.20 », « Madame Vernoux » – il n’y a pas d’indications manuscrites au dos des tirages. Pourtant, chacun des visages nous regarde. Dans cette étrange collection, il y a des photos d’identité qui ont été séparées de leur support d’origine : un passeport, un permis de conduire, un permis de chasse ? Parfois le tampon a laissé quelques signes à peine lisibles qui ne permettent pas d’identifier la langue utilisée.
Je me suis rendu compte de rien au début, car je cherchai un air de ressemblance familiale. Puis ça m’a sauté aux yeux, comme une évidence : toutes ces femmes et ces hommes avaient un point commun, ils étaient vieux. Ces portraits étaient tous ceux de personnes âgées. Je ne m’étais jamais posé la question de savoir comment on photographiait les aîné.e.s. Le plus fréquemment ils étaient assis, soit dans leur fauteuil avec leur petit monde fait d’objets divers, de portraits encadrés, de napperons et autres lampes, soit dehors, devant la maison, dans le gravier, comme si on avait sorti à la va-vite une chaise pour que la séance ne soit pas trop pénible. Dans cette position, il arrivait souvent qu’on leur ait glissé un nourrisson dans les bras ou placé un enfant à proximité. Le portrait des générations extrêmes. Dans tous les cas, le photographe avait pris son temps pour ne pas rater la photo ; il n’avait pas fallu bouger, ni mettre son doigt sur l’objectif. Quant au modèle, on lui avait sans doute parlé un peu rudement : on prenait une photo, c’était sérieux. Et sur certains clichés, on sent une forme de lassitude dans le regard du sujet. « Ça ira bien » semble-t-elle dire. Plusieurs ancêtres paraissent avoir voulu eux-mêmes choisir comment l’objectif allait les saisir. Ils ont décidé du décor, le coin du jardin qu’ils aimaient bien ; ils prennent une pause tenant fièrement leur canne.
Toutes ces personnes forment un ensemble bien que sans doute beaucoup ne se soient pas connues ; certain.e.s devaient avoir été frère et sœur, cousin et cousine, enfants et parents mais ce qui les lient n’est pas ces filiations, ce qui les unit, ce n’est pas eux mais notre regard sur ces portraits : les vieux sont au fond de la boite, au bord de la tombe : on ne les regarde déjà plus.
Philippe Artières
Cette exposition a été réalisée grâce à l'oeil et à la générosité d'Emmanuelle Fructus. Avec le soutien de la Conserverie (Metz)